GENEALOGIE DE LA FAMILLE DE BIGAULT
LES VERRIERS ET LEUR HISTOIRE
Les gentilshommes verriers avaient fait construire sur différents points de la forêt d'Argonne plusieurs fours à verre, et quoiqu'ils y travaillassent eux-mêmes, avaient obtenu de Henri III le privilège de ne point par là déroger à leur noblesse. Cependant, les communes sur lesquelles les usines se trouvaient établies se refusaient à regarder ces verriers comme exempts de tailles et les portaient au rôle. C'est pour faire cesser le trouble dans leur exemption et pour être maintenu dans tous les privilèges des nobles que les verriers de la vallée de Biesme s'étaient adressés à Henri IV. Et il leur accorda, au mois de juillet 1603, des lettres patentes qui les maintenaient, "lorsqu'ils sont d'extraction noble" dans le droit dont ils avaient joui précédemment de faire le commerce de verrerie sans déroger.
Depuis ce temps, ces gentilshommes ont continué de jouir des droits de la noblesse sans aucune dérogeance à raison de leur industrie et de leur commerce : ils ont eu le soin de faire confirmer ces privilèges par Louis XIII, par Louis XIV et Louis XV.
 
On sait la différence qui existait sous l'ancien régime entre "le noble d'extraction" et "l'anobli". Or, contrairement au préjugé vulgaire, non seulement l'art ou l'état de verrier n'anoblissait pas celui qui l'exerçait mais les anoblis ne pouvaient eux-mêmes l'exercer sans perdre les privilège de leur récente noblesse. Pouvaient seuls être verriers sans dérogeance les gentilshommes d'extraction, c'est-à-dire ceux dont les familles pouvaient remonter authentiquement au-delà de 1400 ; le premier anoblissement connu étant celui des Gamaches en 1399 (Marquis de Pimodan, Histoire d'une vieille Maison).
 
En d'autres termes, les rois de France avaient institué et consacré ce privilège "de la verrerie" uniquement pour récompenser les mérites et refaire la fortune des vieilles et pauvres familles militaires ruinées à leur service à la suite des guerres. Dans son ouvrage sur la noblesse de Champagne, M. de Barthélémy fait remonter aux croisades l'ancienneté des principales familles des verriers de l'Argonne.
Laurent de Bigault, seigneur et comte d'Harcourt, le fondateur, ou pour parler plus exactement le premier mentionné de la maison de Bigault, était, d'après l'armorial du Berry, d'origine et d'extraction chevaleresque. Cependant, sauf Rolland de Bigault, comte d'Arscot, ses descendants ne sont dans les actes qualifiés d'écuyers. Tous timbrent leur écusson de la couronne de comte. L'aîné de chaque branche - Granrut - Fouchères - Maisonneuve - Cazanove - Préfontaine - Graham - Apremont - Parfourut -Boureuilles - Avocourt - etc... s'appelait le chevalier; le cadet ne signait que du nom patronymique Bigault, et le dernier des garçons était désigné sous le nom de d'Harcourt en souvenir du chef de la maison.
 
L'établissement des verriers en Argonne remonterait au règne de Philippe IV le Bel. Ce qu'il y a de certain, c'est que déjà en 1448 on trouve une charte du duc de Lorraine maintenant les maîtres et ouvriers en verre dans leurs anciens droits et franchises.
 
Ce n'était pas un mince cadeau car, outre l'exemption de toute taille, subsides, gîte et chevauchée, ces privilèges comprenaient: droit de paisson, d'affouage et de chasse dans la forêt, droit de pêche dans les ruisseaux, étangs et rivières, etc...
Ces gentilshommes demi-artistes, demi-aventuriers avaient été sans doute attirés en Argonne par les ressources nombreuses que le sol offrait à leur industrie. Un sable pur y foisonnait sur les plateaux couverts de fougères.
La forêt leur donnait du charbon à discrétion et ils vendaient avantageusement aux vignerons du Barrois et de la Champagne leurs bouteilles et leurs gobelets, appelés dans le pays des godets. En outre, les futaies giboyeuses de Baulieu et de la Chalade, les eaux poissonneuses de la Biesme étaient faites pour retenir des gens qui aimaient la bonne chère et qui avaient toujours eu du sang de braconnier dans les veines.
 
Ils s'étaient donc installés en pleine forêt et s'y considéraient comme chez eux. La solitude était profonde, elle éloignait les importuns, effrayait les créanciers et les sergents, et permettait aux verriers de mener à leur guise une existence sans préjugés. Les rois de France s'intéressaient à eux, Henri III avait confirmé leurs privilèges et Henri IV daigna leur donner une audience en passant aux Islettes.