GENEALOGIE DE LA FAMILLE DE BIGAULT
LOUIS DE BIGAULT DE GRANRUT
Charles de Bigault de Granrut, maître Verrier, avait épousé en 1892 à Paris, Paule de Puget de Barbentane. Ils eurent deux enfants, Jeanne, qui épousera Joseph Savary de Beauregard, et Louis, leur seul fils, né en 1894 dans le Var. Louis vivait avec ses parents et son père le préparait à reprendre le flambeau.
 
En 1914 il avait 20 ans, et il fut mobilisé au 94ème RI, et affecté à Guingamp dans les locaux d'un patronage le temps de faire ses classes.
 
Il écrivait à sa mère, réfugiée à l'hôtel d'Angleterre à Avranches:

6 septembre 1914
 
"Je suis installé, avec la 27ème compagnie, dans un patronage où je couche sur la paille. On mange suffisamment et c'est passable. J'ai loué une petite chambre où je vais me nettoyer tous les soirs à 5 heures. Robert Heidsieck est notre sous-lieutenant."

Et à son père :
 
"Je suis bien content de vous savoir en sûreté et en train de vous remettre de vos émotions.
 
J'ai bien reçu la dépêche qui me l'annonçait. Il ne doit plus rester grand-chose du vieux Loivre et je voudrais bien en voir le tableau si triste soit-il.
 
Il en est sûrement de même du Four de Paris et malheureusement des bois de la Gruerie auxquels le communiqué officiel fait une si drôle de réclame.
 
Je vous conseille bien de ne pas retourner trop tôt à Loivre car avec ces sales Allemands on ne sait à quoi s'en tenir.
 
Je me demande quand nous allons partir au feu. D'ici un mois, je pense. Il ne reste plus grand monde dans les dépôts que des vieux territoriaux et grognons et une bande d'inaptes et de gens qui cherchent à se faire réformer".

Son père lui écrivait :
 
"Quelle triste chose que la guerre ! Après avoir passé quatre jours entiers dans ma cave à cause du bombardement de Loivre, jugeant la position intenable, la maison criblée comme une écumoire, la verrerie à moitié démolie, mes trois fermes incendiées, la faisanderie anéantie, Bermericourt à l'état de souvenir, j'ai quitté mercredi soir ce malheureux séjour, l'abandonnant à la garde du ménage Pauline Bibille, laissant une vingtaine de ménages encore à la Verrerie, passant leur existence sous les fours. Loivre est depuis 12 jours le centre de la résistance, tant allemande que française, à cause du fameux fort de Brimont où l'ennemi a installé de grosses pièces d'artillerie d'où il arrose tout le pays."

Il monta aux tranchées de première ligne en janvier 1915.
 
"Nous revenons des tranchées pour la 4ème fois. Tout s'est bien passé. Reçu 2 colis : chauffe bidon et passe-montagne."

Par ses lettres, on le suit de cantonnement en tranchées comme fantassin à la 7ème compagnie du 132ème RI. En mars 1915, il est au repos pour une durée indéterminée.
 
Il écrivait à sa mère le 11 février 1915 :
 
"Ma chère Maman,
 
Comme vous le désiriez, je vous ai envoyé, dès ma descente de tranchées, une carte pour vous dire que mes abatis étaient encore intacts. Nous allons repartir pour là-haut mais pour 8 jours cette fois.
 
C'est bien long, d'autant plus que nous allons dans un endroit bien dangereux à cause d'une mitrailleuse boche que ces animaux braquent sur tous ceux qui se montrent.
 
Enfin toutes mes précautions spirituelles viennent d'être renouvelées et grâce à l'appui de tous ceux qui prient pour moi, j'espère sortir intact, ou à peu près, de cette séance.
 
Si j'y reste, je serais ou plutôt je pense déjà comme vous qu'il est malheureux que vous vous soyez donnés tant de ma pour me redresser et que vous vous soyez vous-même rendue malade pour cela. Si l'on pouvait prévoir.
 
Quoi qu'il en soit, je vous remercie infiniment de tous les sacrifices que vous avez faits avec Papa pour moi. De mon coté je me suis efforcé de vous causer, dans la mesure de mon possible, le moins de tracas et de soucis que je pouvais par mon travail et j'espère bien, si je reviens, vous prouver ma reconnaissance.
 
Vous êtes bien gentils de m'envoyer tant de colis mais ils me font tant de plaisir que vous n'avez pas lieu de le regretter. Ceux de confiture et en général de tout ce qui se mange sont particulièrement bien vus.
 
Tâchez de mettre la prochaine fois du saucisson et quelques biscuits et quelques rotins si possible.
 
Ma veste de cuir fait l'envie de tous ceux qui la voient. Elle me tient bien chaud et ne me gêne pas sous ma capote.
...
Mais je vous quitte ici. Il me reste 3 heures à dormir avant de partir. Je me roule dans ma capote car il fait froid et je suis gelé.
 
Je vous réécrirai bientôt des tranchées.
 
Je vous embrasse tous bien fort.
 
Louis

Puis, le 23 février :
 
"Ma chère Maman,
 
Ne vous étonnez pas de l'allure bizarre de cette lettre ainsi que de celle de la carte précédente. A peine revenus de nos 8 jours, nous repartons en réserve à cause d'attaques que nous faisons en ce moment.
 
Nous venons de passer 5 jours la tête déchirée par le bruit des obus qui éclataient quelquefois à coté de nous. C'est fou le nombre de coups de canons que nous avons entendus.
 
Ce soir nous nous rapprochons des tranchées de première ligne, peut-être pour attaquer à la baïonnette. On revoit passer un tas de blessés. Espérons que je m'en tirerais encore. Quand tout cela finira-t-il ? C'est ignoble.
 
Il y a des jours où j'ai le spleen terrible en pensant à la bonne existence d'avant-guerre. Si seulement Loivre et le Four de Paris étaient intacts. Mais tout à refaire, c'est dur.
 ...
 
Ecrivez-moi ce que vous faites à Paris, comment est votre appartement, qui vous voyez, etc... Le reste je m'en fiche.
 
Je veux savoir comment s'occupent les civils. J'ai oublié ce bon temps. Que devient cette pauvre Blanche ? Vous ne me parlez jamais de la Puce".

On le retrouve en février 1916 comme caporal au 94ème RI qui va entreprendre une longue marche pour le conduire de la région de Châlons (en Champagne), jusqu'à Verdun. En effet, Joffre, qui pensait que la véritable attaque aurait lieu en Champagne, avait fait désarmer tous les forts de la Meuse, y compris Douaumont. Or c'est là que les Allemands attaquèrent en déchaînant un enfer de bombes et d'obus le 21 février 1916 à 7 heures 15. Le haut commandement envoya alors des renforts dans ce secteur.
 
Louis, très désabusé, écrit à son père en mars 1916 :
 
"... nombre d'escouades sont réduites de 14 hommes à 4 ou 5 et l'on en cite une où après l'attaque il ne reste plus qu'un valide.
 
Que voulez-vous, nous avons des colonels qui pour devenir généraux répondent aux tournées d'inspection : - Mon régiment est de ceux que l'on épuise jusqu'au dernier homme - ou bien encore - Vous monterez aux tranchées sur les genoux, s'il le faut..."

Le 94 resta 21 jours dans les tranchées avec d'être relevé. Le 13 mars, Louis fut blessé à proximité de Douaumont, tandis qu'il dirigeait une équipe de pose de barbelés. Il s'était porté volontaire pour remplacer un de ses camarades. Cette action lui valut une citation à l'ordre du régiment :
 
"Caporal plein d'entrain. Toujours volontaire pour faire des patrouilles. Grièvement blessé le 13 mars 1916, tandis qu'il dirigeait une équipe de pose de fils de fer."

Il sera dirigé vers l'hôpital de campagne de Vadelaincourt, situé au sud de Verdun. Louis de Bigault y est mort des suites de ses blessures, le 22 mars 1916.
 
Louis fut enterré dans un cimetière militaire et son corps, rapatrié après la guerre à Barbentane.
Ce vitrail a été offert par la famille de Louis à la Chapelle de La Harazée reconstruite après la guerre de 14-18