GENEALOGIE DE LA FAMILLE DE BIGAULT
ROBERT DU GRANRUT
Robert du GRANRUT fut une personnalité dans la Vallée de l'Argonne.
 
Il était :
 
- Ingénieur Centralien (1907)
- Industriel Verrier et Maire des Islettes.
- Membre de la Chambre de Commerce de la Meuse.
- Vice-Président de l'Union Meusienne.
- Officier de la Légion d'honneur.
- Croix de Guerre 14-18 avec 7 citations.
- Military Cross.
 
Né le 4 novembre 1885 aux Sénades, il décéda brutalement d'un accident de voiture le 9 septembre 1936.
 
A l'occasion de son décès, plusieurs personnalités lui ont fait un éloge magnifique à travers des discours que je retranscris ici.
DISCOURS DE L'ORGANE DU CENTRE REPUBLICAIN MEUSIEN
 
Celui que nous pleurons tous et qui, apaisé dans la mort nous sourit encore de ce clair visage marqué de fine et douce chevalerie, a dû murmurer à l’heure de l’éloge funèbre :
 
"C'est trop".
 
C’était un humble ; sa main gauche ignorait les dons de la droite ; il oubliait qu’il avait été sous l’uniforme, la plus belle expression de notre race meusienne, généreuse au sacrifice, prête à l’élan, vouée aux missions. Dans l’entreprise, dans la tâche difficile de la crise, il était le camarade et le " patron " au sens familial que le latin donne à ce mot. Rien d’éclatant chez lui, sauf sa simplicité.
 
Beaucoup de ceux qui l’ont fréquenté ignoraient ses magnifiques états de service de guerre, et n’en connaissaient que cette brisure et cette meurtrissure qu’il ne pouvait cacher ; mais sous ce regard de doux cristal, l’âme s’épanouissait très noble à l’œil le moins averti ; les valeurs profondes, les réserves de générosité morale éclatent sous les plis de la matière : rappelez-vous son visage, ses gestes familiers.
 
En notre temps d’estrade et de cymbales, il avait la haine de la réclame, du tapage, du " moi " en vedette.
 
Si une mission politique l’appelait, il disait oui, parce que c’était le devoir, mais avec une telle pudeur, d’une part, de paraître servir " sa cause " et d’autre part un tel dégoût des manières charlatanes, que l’adversaire lui-même faisait le point et reconnaissait la noblesse de l’homme dans ce genre d’affaires où l’on en trouve si rarement et si peu.
 
Il ne discutait pas alors et marchait au but, droit dans le taillis de ronce.
 
Vaincu, il souriait ; le devoir était fait.
 
De lui, les plus belles choses, les plus marquantes, nous les trouvons, dans ces discours où l’émotion déborde : je les ai lus, comme beaucoup d’autres, le cœur serré, et les yeux embués. Quel tableau de guerre que ce lieutenant d’artillerie qui lâche ses pièces, entraîne ses hommes et court à l’ennemi avec le mousqueton d’un canonnier ; puis l’ennemi en recul, reprend le tir à zéro tandis que les fantassins lui crient : " bravo " !
 
Une blessure l’écartait du front ; il y retourne volontairement, complète sa page de gloire qui est une des plus nettes des soldats, meusiens, des soldats tout court qui n’aiment guère les titres d’opéra.
 
M. Tirmarche a dit de lui " un preux ". Il en descendait par les siens, d’une vieille et solide noblesse qui n’était pas que de nom ; le lieutenant que nous voyions charger tout à l’heure refaisait le geste héréditaire ; preux de race, mais bien plus d’âme ; il couronne la belle histoire d’une famille ; il honore cette petite patrie des Islettes, en dure épreuve aujourd’hui, et pour laquelle l’horizon se charge.
 
Nous qui avons la foi comme force de consolation mais aussi et surtout d’espérance : cette espérance qui n’attend pas le destin heureux, mais l’appelle et le provoque, croyons bien que cet homme qui fut vigilant dans la guerre et donna son sang au sol, qui fut vigilant dans la paix et donna, voulant tenir quand même, toute sa sollicitude au pays natal, croyons bien qu’il sera sentinelle là-haut. La communion des vivants et des morts, l’enchaînement et la mutation de ce monde à l’autre – vita mutatur – nous disent que la mission continue. On l’a dit si bien sur sa tombe. Ceux qui ont mené avec lui la bataille d’idées, pour l’ordre et la paix française, celui qui a connu en de rudes heures, son loyal dévouement, s’agenouillent
devant sa tombe mouillée déjà de larmes trop amères ; et nous le prions, et nous disons : nous savons que le froment doit retourner en terre pour les futures moissons et que ce grain tombé trop tôt de l’épi fera du levain pour nous-mêmes et nos fils. C’est le grain le plus beau et le plus chargé qui tombe toujours le premier ; il tombe aujourd’hui avant l’orage et les chutes de foudre qu’il ne connaîtra pas. " Apaisons-nous !
 
Là-haut, Robert du Granrut, le preux et l’ami, continue sa mission de défense et de garde, et pour la France qui va en avoir besoin, prépare du levain d’âmes.
ARTICLE DE PRESSE LOCALE
 
Nous avons relaté dans notre dernier numéro, le tragique accident d’automobile qui a coûté la vie à M. Robert de Bigault du Granrut, Ingénieur E.C.P., chef d’escadron d’artillerie de réserve, officier de la Légion d’honneur, Maître de Verreries et Maire des Islettes.
 
Ses obsèques ont eu lieu samedi à 10 h 30 en l’église des Islettes au milieu d’une affluence considérable, évaluée à plusieurs milliers de personnes, parmi lesquelles de nombreuses notabilités religieuses, militaires et civiles. Le deuil était conduit, du côté des hommes par MM. André et Charles de Bigault du Granrut ses frères ; Henri Lanson, L. de Tassigny, V. Lanson, André et Henri Mayran ses beaux-frères ; le chef d’escadron de cavalerie Guillemette son cousin.
 
Du côté des dames, par Mmes : Robert de Bigault du Granrut, sa veuve (Nicole Mayran); Louise de Bigault du Granrut, sa mère ; Louis Mayran sa belle-mère (sa deuxième belle-mère) ; Henri Lanson (1ère belle-mère) ; L. de Tassigny, sa sœur (NB La mère de Victor Lanson était née Lucie de Tassigny) ; V.Lanson (Suzanne Mayran), H Mayran, de Nonancourt, (soeur de Victor Lanson), ses belles-sœurs, ses nièces, ses cousines.
 
Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Tirmarche ; commandant Durieux, André Desoutter, Froment, Drouet et Guyard.
 
Le char funèbre disparaissait sous les couronnes de fleurs fraîches. La messe de Requiem a été célébrée par M. le chanoine Laurent, curé de la paroisse Saint-Jean le Baptiste du faubourg Pavé à Verdun, ancien curé des Islettes, assisté de MM. Les abbés Robinet, curé-doyen de Clermont, et Delawoevre, curé-doyen de Varennes, Diacre et sous-diacre.
 
Dans le chœur on notait la présence de Mgr Ginisty, évêque de Verdun, M. le chanoine Ninet, vicaire général du Diocèse et de nombreux membres du clergé.
Le catafalque était entouré des drapeaux et fanions des sociétés de l’Union Meusienne de gymnastique ; des anciens combattants de la Meuse ; du canton de Clermont et des Islettes.
 
A l’issue de la messe, Mgr Ginisty, en capa-magna et mitre blanche, a prononcé une émouvante allocution de la plus haute élévation de pensée religieuse, retraçant la vie sociale du défunt si tragiquement enlevé à l’affection des siens, et qui fut, durant toute son existence, un magnifique exemple de Vertus : Cœur généreux, grand Chrétien, vaillant soldat ; puis il a donné lui-même l’absoute au milieu du recueillement impressionnant de l’assistance. On remarquait dans l’assistance : les membres du conseil municipal des Islettes, le personnel des Verreries ; les enfants des écoles en patronages, la fanfare les bleus d’Argonne, un grand nombre de prêtres, des officiers et sous-officiers de toutes armes, de maires des communes environnantes etc…, etc. Parmi les personnalités nous avons noté, en nous excusant de ne pouvoir les nommer toutes et des omissions involontaires :
 
MM. le sénateur Courot ; Pader, Secrétaire général de la sous-Préfecture représente M. le préfet de la Meuse empêché, et M. le sous-préfet absent de Verdun excusés ; le général d’Arra, commandant la 2e brigade motorisée à Verdun ; colonel de Beaucoudray commandant le 74e d’artillerie ; Loyseau du Boulay, président du conseil général ; Boutaud conseiller général Maire de Varennes ; Nanty conseiller général maire d’Ancement ; Noël ancien député ; Varin-Bernier, Charles Hutin ; Mme et M. Henri Hutin, directeur de l’Echo de l’Est, maire de Lacroix-surf-Meuse ; Legendre, cons. D’arrond. De Varennes ;
 
Brasseur et Lelorrain conseillers d’arrondissement ; Rey président honoraire de la Fédération Meusienne des A.C. ; Kieffer, président de la Fédération cantonale de A.C. de Fresnes-en-Woëvre : lieutenant-colonel Azaïs et chef d’escadron De Bar du 4e D P ; Douver et Forestier chefs d’escadron du 74e
d’artillerie ; Le Sur, chef d’escadron, et une délégation d’officiers du 40e d’artillerie de Chalons, régiment d’affectation de réserve de M. le chef d’escadron Robert du Granrut ; commandant Raphaël Nocton, président de l’Union Catholique ; lieutenant Gaston Nocton secrétaire général duc entre républicain Meusien ; une délégation de la chambre de commerce, représentée par MM. Couten, président et Godinot membre ; Evain, directeur de la banque de France à Verdun ; Baudo-Airy industriel ; capitaine Brackmam directeur de l’éducation physique ; lieutenant Bullier du 150e, directeur des cours de sous-officiers de réserve, Wetztein membre du C. R. M. etc., etc.
 
Sur le parvis de la chapelle des Senades, où l’inhumation a eu lieu ensuite dans la plus stricte intimité dans le caveau de famille, plusieurs discours ont été prononcés par MM. Froment, au nom du personnel des verreries ; Rey au nom de la Fédération Meusienne des A. C ; Guignard au nom des A. C. des Islettes ;Tirmarche au nom de la municipalité et de la population des Islettes ; Loyseau du Boulay, président du conseil général et doyen des Maires du canton ; M. Godinot délégué de la chambre de Commerce, et le Colonel de Beaucoudray commandant le 74e régiment d’artillerie de Verdun.
 
Prenant le dernier la parole, M. le Colonel de Boicoudray apporta au chef d’Escadron, Robert du Granrut, le suprême adieu de l’armée française dans laquelle il servit son pays avec tant de vaillance. Il rappela quelques souvenirs de guerre de cet artilleur que, dans les tranchées de première ligne, les fantassins appelaient leur ange gardien.
 Il était fier, dit-il, du galon de l’âme de chasseur de première classe qui lui fut donné un soir de combat.
 
Tireur émérite, il passait de longues journées dans les tranchées de première ligne et, officier d’artillerie, il eut le rare privilège d’être cité à l’ordre d’un régiment d’infanterie.
 
Grièvement blessé en 1915, il refusa la réforme, et jusqu’à l’armistice, il resta au milieu de ses compagnons d’armes.
 
En terminant son discours, le Colonel de Boicoudray, magnifique combattant lui aussi, apporta le salut de l’artillerie et de l’armée française à Robert du Granrut qui fut un des meilleurs parmi les plus braves.
 
L’émotion est à son comble et bien des yeux se mouillent, à la vue de cet officier supérieur qui, au garde à vous, salue longuement le cercueil dans lequel repose celui qui, de son sang, écrit une des plus belles pages du livre d’or de l’artillerie française.
 
Puis, lentement, s’écoule la foule où sont mêlés, à ses ouvriers qu’il aimait comme ses enfants, les plus hautes personnalités militaires et civiles de la région.
 
Et sous ce chaud soleil de septembre qu’aimait tant M. Robert du Granrut, chacun attend son tour pour pénétrer dans la chapelle des Senades, dans laquelle il va dormir son dernier sommeil auprès de son père et de ses aïeux qui illustrèrent depuis des siècles notre pays d’Argonne ;
 
Aux marques innombrables de sympathie, témoignées en cette douloureuse circonstance à la famille de Bigault du Granrut, si cruellement éprouvée par ce deuil brutal, nous joignons les nôtres bien sincèrement, en nous inclinant respectueusement devant l’immense douleur qui l’afflige, et en la priant d’agréer nos condoléances les plus émues.
 
DISCOURS DE MONSEIGNEUR GINISTY
 
Mes frères,
 
 
 
….. Manques :
 
On louera la noblesse et la loyauté de son caractère, son dévouement à ses administrés, à ses employés, à ses ouvriers, réalisant l’idéal du patron équitable et bon, et cette collaboration de mutuelle confiance avec les travailleurs de son usine, selon les enseignements de Léon XIII et de Pie XI, en leurs immortelles encycliques.
 
Qu’il me soit permis de dire simplement et en quelques mots le chrétien de race, d’éducation et de conviction que fut M. Robert du Granrut. Homme de foi vive et de tradition, il pratiquait la religion intégralement, avec une fidélité constante, sans ostentation, comme sans faiblesse, en public, comme dans l’intimité de son foyer et dans le secret de sa conscience droite et éclairée. Il était juste, au sens de l’Evangile et à l’exemple de St Joseph. Fils soumis de l’Eglise, du Pape, comme de ses pasteurs immédiats, il apportait le concours de son action, de son influence et de ses ressources à toutes les œuvres sociales, patriotiques et religieuses de la paroisse et du diocèse qui le sollicitaient ou qui en avaient besoin. Il était un des membres les plus actifs de l’Union catholique, de l’Union meusienne, brancardier de Lourdes, et des meilleurs soutiens de l’Ecole libre, du Patronage et des Sociétés catholiques de sa paroisse.
 
Ame d’apôtre, il puisait son inspiration et ses énergies à leur véritable source, la prière et l’Eucharistie. Cet homme mêlé aux affaires les plus délicates, aux problèmes industriels et économiques les plus difficiles, aux administrations les plus complexes, menait une vie d’intense piété, de méditation, une vie intérieure que la présence de Dieu animait, éclairait et
dirigeait toujours.
 
Plusieurs fois, chaque semaine, on le voyait à la table Sainte, soit dans la chapelle des Senades, où il servait la messe à Monsieur le Curé, soit le dimanche aux Islettes. Avant de rendre son dernier soupir, il a reçu l’Extrême Onction, mais c’est toute sa vie qu’il a demandé à la religion ses secours et ses grâces, et qu’il s’est préparé à mourir. La mort l’a frappé soudait, elle ne l’a pas surpris ; il connaissait les avertissements et les promesses du divin maître J. C. : " soyez prêts, car vous ne savez ni le jour ni l’heure où le Fils de l’homme viendra vous appeler. Celui qui vit et qui croit en moi, celui-là ne mourra jamais, il vivra éternellement. " Aussi, mes Frères, " ne pleurons pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance ", nous dit Saint Paul. Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, dispose et fait servir toutes choses ici-bas pour le salut des élus, même le mal et le malheur. Nous devons tout espérer de sa miséricorde infinie, et hâter par nos prières, la glorification de son digne serviteur que fut le regretté défunt, et la protection qu’il pourra exercer, dans le ciel, sur ceux qui le pleurent, et sur ceux qui, demain, seront appelés à continuer sa tâche et son œuvre d’union, de paix et de travail, et ses exemples de foi, d’amour de Dieu et du prochain, qui ont fait l’honneur de sa vie, le gage de sa sainte mort, et qui sont notre consolation à tous dans notre grande douleur.
DISCOURS DE M. REY PRESIDENT DE LA FEDERATION CANTONALE DE CLERMONT-EN-ARGONNE
 
Mesdames, Messieurs,
 
Mes chers Camarades,
 
En face d’une pareille conjoncture, les phrases semblent vaines et les mots dont je me sers ne peuvent, hélas, que bien imparfaitement traduire la douloureuse consternation dans laquelle les membres de l’Association des Anciens Combattants de la région, dont Robert du Granrut était le vice président, sont plongés.
 
J’apporte en leur nom, à celui qui fut vraiment un des leurs et qui vient de disparaître si tragiquement, leur suprême hommage.
 
Je ne tenterai pas de maîtriser l’émotion qui m’étreint devant ce cercueil. L’atroce fatalité, nous a ravi avec une brutalité inouïe, le meilleur et le plus serviable des camarades.
 
Robert du Granrut, qui fut un vaillant combattant, était aussi un des fondateurs de notre association.
 
Vaillant combattant, il le fut, dans toute l’acceptation de ces deux termes. Des témoins oculaires plus autorisés que je ne saurais l’être, ont retracé ses glorieux exploits.
 
Cependant, lorsque j’aurai dit qu’il fut, au cours de la guerre, blessé grièvement et cité sept fois ; qu’au début des hostilités, son héroïque conduite lui vaut la croix de chevalier de la Légion d’honneur, et que, quoi
que servant comme officier dans un régiment d’artillerie, il fut cité à l’ordre d’un régiment d’infanterie, chacun pourra mesurer la vaillance avec laquelle il fit son devoir, et l’esprit d’abnégation avec lequel ce fils de Lorrain combattit au cours de la plus épuisante et meurtrière des guerres. Ajouterai-je que, depuis l’armistice, il avait obtenu son 4e galon et fut fait, bien tardivement, officier de la Légion d’honneur.
 
Oui, certes, dans le grand livre d’or sur lequel la France a enregistré les hauts faits de ses défenseurs, la page de guerre du chef d’Escadron Robert du Granrut est une des plus belles.La paix revenue, notre regretté camarade ne voulut point se désintéresser de ceux pour lesquels il avait été à la fois un chef et un exemple. Doué d’un grand cœur, après avoir puissamment contribué à mettre sur pied notre association, il s’employa, avec une constance méritoire, à secourir les plus infortunés de ses anciens compagnons d’armes.
 
Son amitié était sûre, son attitude loyale et son désintéressement absolu. Et j’ajoute que le désintéressement le poussait jusqu’à ne point réclamer la pension à laquelle il pouvait prétendre du fait de ses graves blessures de guerre.
 
Avec Robert du Granrut, disparaît une belle figure de Combattant, un fervent patriote et un camarade dévoué jusqu’à l’extrême limite.
 
Et voici tel que nous apparaîtra dans l’avenir celui que nous conduisons à sa dernière demeure.
DISCOURS DE M. GUIGNARD AU NOM DES ANCIENS COMBATTANTS DES ISLETTES
 
Mon Capitaine,
 
Permettez-moi de vous donner encore ce grade. Je ne veux pas vous laisser partir sans venir, au nom de tous ceux que vous commandiez à la 26e Batterie du 225e, vous dire un dernier adieu.
 
Je ne puis exprimer ici la douleur profonde que je ressens et qui sera ressentie par tous vos anciens sous-officiers et soldats lorsqu’ils apprendront la terrible nouvelle.
 
La France perd un de ses meilleurs défenseurs, celui qui fut notre exemple à tous devant l’ennemi qui, blessé grièvement et réformé, jugeant qu’il n’avait pas donné assez de son sang, refusa la réforme pour défendre sa Patrie jusqu’au bout.
 
Que votre exemple, qui a été pour nous qui vous suivions sur le front un si précieux réconfort, le soit aussi pour les jeunes générations qui nous suivent, celles qui, n’ayant pas vu, ne comprennent pas.
 
De là haut, éclairez-les, montrez-leur le chemin de l’honneur et du devoir, qui fut toujours le vôtre.
 
Mon Capitaine, en m’inclinant devant la dépouille de celui qui fut simplement un brave, je vous dis un ultime adieu au nom de tous ceux qui vous ont suivi et aimé.
DISCOURS DE M. TIRMARCHE, ADJOINT DES ISLETTES, AU NOM DE LA MUNICIPALITE ET DU PAYS

Monseigneur,
 
Mesdames, Messieurs,
 
M. le Préfet empêché et M. le Sous-Préfet absent de Verdun, dans l’impossibilité absolue d’assister aux obsèques de M. du Granrut, se sont fait représenter par M. Pader, secrétaire général de la sous-Préfecture et me chargent de présenter leurs excuses à la famille en même temps que leurs condoléances.
 
(manques)
 
….Surmontant sa peine, profond M. Robert du Granrut prenait vaillamment la main, à la suite de son père, la lourde charge de maire de la commune des Islettes.
 
Cette charge venait encore s’ajouter aux occupations pour nombreuses qui absorbaient son temps : mais qu’importe tout cela, il jugea….
 
…… A la mort de M. Louis du Granrut, de vénérée mémoire, M. Robert accepta donc d’assumer la charge de maire des Islettes ; il se dépensa complètement, s’adaptant très vite et très bien aux rouages administratifs. D’un abord facile, et malgré ses occupations écrasantes, il recevait tout le monde avec une égale bonne grâce et une urbanité jamais démenties. Toutes les qualités que M. Robert réunissait en lui font que, dans les moments difficiles que nous traversons, sa disparition brutale est une véritable catastrophe pour tous : pour sa famille, pour la Verrerie, pour la commune, pour toutes les œuvres de jeunesse et autres dont il était le grand et généreux animateur.
 
Afin de pouvoir fournir son labeur écrasant, il puisait des forces dans ses convictions religieuses profondes ; là encore il était un bel exemple. Je complète cette esquisse bien imparfaite en disant que M. Robert avait un cœur d’or qui le faisait aimer de tous ceux qui l’approchaient. D’un grand désintéressement et d’une simplicité charmante, il ne cherchait jamais à se mettre en avant et à se faire valoir.
 
Il avait une dignité de vie telle qu’il commandait, tout naturellement, le respect ; et il était doué de la claire intelligence et la forte énergie qui font les chefs.
 
En un mot, c’était véritablement un preux, un beau Français, réunissant à un degré élevé, toutes les qualités de notre race.
 
Nous faisons tous une perte immense que nous ressentons si bien qu’il semble que chaque famille a perdu un membre particulièrement aimé. Au nom de la
population tout entière des Islettes, ici rassemblée, tout entière souffrant de la même peine, j’adresse un dernier merci à notre maire trop tôt disparu, pour tout le bien qu’il a fait à la commune de tant de façons. Qu’il soit assuré que son souvenir demeurera ineffaçable au plus profond de nos cœurs et qu’il nous servira toujours d’exemple et de modèle. La mort de M. Robert, survenu dans des circonstances terrifiantes, fait de nous pour ainsi dire autant d’orphelins : inclinons-nous devant la volonté de Dieu, parfois incompréhensible pour Les créatures humaines que nous sommes.
 
Mais soyons certains que notre cher disparu ne nous abandonne pas, mais qu’au contraire, il continuera à nous protéger d’une façon même beaucoup plus efficace que s’il était encore au milieu de nous.
 
Mon cher Monsieur Robert, au nom de toute la population des Islettes, non pas adieu, mais au revoir.
DISCOURS DE M. LOYSEAU DU BOULAY, PRESIDENT DU CONSEIL GENERAL ET DOYEN DES MAIRES
 
Mesdames, Messieurs,
 
Permettez-moi de vous retenir un instant encore, pour adresser, au nom des maires du canton de Clermont-en-Argonne, dont je suis le doyen d’âge, quelques mots d’adieu au collègue que nous accompagnons à sa dernière demeure. A la fin de ses études, Robert du Granrut entra à l’école centrale des Arts et Manufactures, d’où il sortit ingénieur et, après avoir accompli son service militaire en qualité d’officier de réserve d’artillerie, il revint au foyer familial pour travailler à la Verrerie des Islettes, en collaboration avec son père, maître verrier, profession qui avait été
exercée avant celui-ci, peut être même avant la chartre des verriers de 1448, par des membres de sa famille en même temps que par d’autres artisans du 15e siècle, tous gens de qualité, appartenant à la noblesse d’alors et portant le titre de gentilshommes-verriers, auxquels les rois de France eux-mêmes avaient accordé des privilèges importants pour qu’ils acceptassent, sans déroger, cette profession. Robert du Granrut fut élu conseiller municipal aux élections complémentaires du 4 janvier 1925 et à partir du 17 janvier suivant, ceignait l’écharpe du premier magistrat municipal, que, 16 ans durant, son père avait portés, qu’il conserva jusqu’à son dernier jour.
 
Sous son administration, furent conçus, et en partie exécutés, de grands travaux communaux : adduction d’eaux, groupe scolaire, électricité de l’agglomération et abattoir public.
 
Et cet homme, plein de bravoure et d’audace qui, dix fois, fit reculer la mort devant lui, vient de succomber tragiquement au couchant du soleil du 10 septembre, alors que son rêve eût été de mourir pour la France. Je m’incline bien bas devant le cercueil de Robert du Granrut et, avant que sa tombe ne se referme, vous tous qui avez connu sa foi dans un monde meilleur, laissez-moi lui dire au revoir.
DISCOURS DE M. GODINOT, PRESIDENT DE L'UNION MEUSIENNE DE GYMNASTIQUE, MAITRE DES FORGES A HAIRONVILLE
 
…C’est au nom du Président de la Chambre de commerce et de l’Union Meusienne tout entière que j’ai la bien émotionnante mission de prendre la parole.
…Robert du Granrut tenait dans l’industrie la politique, l’administration des œuvres sociales et religieuses de notre Meuse, une place de tout premier plan. Il était un de ces hommes qui s’imposant, sur lesquels on peut s’appuyer sans crainte, et avec lesquelles il faut compter.
 
Héritier d’un grand nom, qu’il contribua lui-même à faire aimer et respecter, patriote ardent, il eut pendant la guerre une conduite exemplaire et il donna depuis, dans tous les domaines la mesure de son savoir-faire et de son incomparable allant.
 
La Chambre de commerce de la Meuse perd en lui un collègue d’humeur toujours égale, un conseiller sûr.
 
…Comprenant l’importance pour notre France de l’instruction et de l’éducation des jeunes, il s’adonna à cette tâche avec une persévérance inlassable. C’est dire en un mot la place considérable qu’il tenait à l’Union Meusienne. Sous sa discrète mais tenace impulsion se développèrent dans nos sociétés le tir, l’éducation physique, la préparation militaire et perfectionna la discipline base de tout travail sérieux.
 
Ame d’élite et chrétien convaincu, il donnait l’exemple simplement sans ostentation, et réservait dans ses préoccupations la première place aux œuvres sociales et religieuses.
 
Il y a 15 jours à peine il était à Lourdes avec une délégation de nos gymnastes. La Vierge de Massabielle pour qui fut sa dernière visite en ce monde l’a certainement accueillie avec bonté à son entrée dans l’éternité. Elle saura adoucir la profonde douleur de tous les siens.
 
C’est pour nous, ses amis, qui le pleurons, la seule et suprême consolation.